Pensées aux premiers souffles du printemps
Aujourd'hui, c'est l'équinoxe dans l'hémisphère nord. Le jour suspend son vol pour saluer le printemps. Le temps d'une pause, la terre s'arrête presque pour nous inviter à regarder l'hier, le maintenant et demain.
En contemplant ces dernières années, le vertige nous prend face à tout ce qui a pu basculer en si peu de temps. Porter le poids de tant de bouleversements et de peines pèse parfois sur nos épaules. Pourtant, la Terre poursuit sa ronde, nous ramenant un peu plus près du soleil, jour après jour. Nous voici face à une évidence douce et têtue : le fil des saisons qui se tissent et se succèdent.
Prenons le temps de contempler ces mouvements invisibles qui dansent au rythme de nos vies. Le souffle et le silence, la naissance et l'effacement. Souvent, nos sociétés modernes voient dans ce cycle une ligne droite qui commence et s'arrête. Mais la vie murmure d'autres histoires, d'autres promesses de demeurer. Il pèse parfois sur nos cœurs le poids de cette fin. Et pourtant, si nous acceptions de voir dans ce grand passage non pas un terme, mais une offrande, une respiration, une promesse de renouveau ?
Les peaux qui habitent nos créations sont une hymne à la vie qui continue, un écho au souffle des bêtes. Nous veillons à ce qu'elles ne soient jamais réduites en cendres, les transformant en une matière vivante. Ici, nul artifice chimique, seulement la force des extraits végétaux. Nous laissons le cuir respirer dans sa vérité nue : les cicatrices, les marques du vent et des barbelés, les piqûres d'insectes restent visibles à sa surface. Nos pièces portent en elles cette certitude apaisée : après leur dernier voyage, elles ne laisseront aucune trace empoisonnée sur terre, mais retourneront à la poussière pour nourrir de nouveau le monde.